Décision

Annezin : la révolution par le légume

Au Potager des 4 Vents, le maraîcher mêle philosophie et écologie, social et économie

Par Frédéric Guillout | Publié le13/12/201819 partages  Partager TwitterAbonnez-vous à partir de 2,90€/mois

Edition numérique des abonnés

Une simple parcelle où s’entremêlent anarchiquement des pousses d’avoine symbolise davantage qu’un jardin. Elle concentre et définit une profonde philosophie de vie, et tend à s’imposer comme un rempart à la surexploitation, à la consommation de masse et à l’ultra-capitalisme.

Dans la chaîne écologique tissée par le maraîcher Jérémy Pestel, elle représente un maillon essentiel de son approche de la culture : « Elle se décompose vers janvier et nourrit les plantes, évitant ainsi la mort des sols »,détaille l’homme de 37 ans. Installé à Annezin depuis 2015, il a d’abord pratiqué l’agriculture raisonnée. « Petit à petit, je suis passé à la culture bio. Puis aujourd’hui, je pratique la bio éthique, qui est régulée par un cahier des charges précis. » Désormais, il s’inscrit dans le mouvement de la néopaysannerie éthique. « C’est une reprise des pratiques et de l’âme de la paysannerie des années 1950. »

Son quotidien obéit ainsi à des pratiques de ces temps passés où le corps de l’agriculteur était un outil de travail à part entière : « Je fais tout à la main : les semences, le désherbage, les plantations, les récoltes… Cela représente entre 50 à 80 heures de travail par semaine », précise-t-il.

Dans sa quête d’une agriculture la plus écologique possible, il a progressivement réduit l’usage du moteur : « J’avais un tracteur, mais je l’ai vendu pour un motoculteur, que j’utilise le moins possible. » Porté par le même esprit, le néopaysan vend uniquement en local.

Il vend en circuit court

Le samedi matin, sa clientèle vient acheter directement chez lui ses fruits et légumes. Le mardi, il se rend sur le marché de Lille Five pour écouler sa production. Une production 100 % naturelle : « Je pratique le maraîchage sur son vivant. Évidemment, aucun insecticide ni pesticide. Je laboure sur une profondeur de 12 à 13 centimètres, pour préserver les strates. J’entretiens la vie des sols avec des bactéries, des champignons et des vers de terre. »

La philosophie de vie qu’il met en pratique s’inscrit dans un militantisme plus global qu’il revendique : « C’est une alternative à l’ultra-capitalisme, aux gros groupes agroalimentaires qui imposent leur modèle économique. Ce système détruit l’environnement et les écosystèmes. Le légume est un bon exemple de changement de cap, et l’agriculture qui en découle serait une révolution. On est en capacité de donner à manger aux gens sans détruire la planète. C’est débile de ne pas le faire. Je forme un ouvrier à cette pratique. Il ira ensuite reproduire ce modèle ailleurs. Ce n’est pas une utopie : ça existe ici, on en vit. Un gros agriculteur exploite 100 hectares, avec des difficultés pour en vivre. Moi, j’ai près d’un hectare ici. Cent hectares, ça pourrait faire 10 indépendants qui en vivent. »

Pendant qu’il parle, son chien et ses chats s’amusent sous les serres. « Le chien chasse les faisans qui détruisent mes plants, et les chats éliminent les nuisibles qui détruisent également. » Nature, jusque dans les détails.